L'ASCENSION

Même sous la pluie battante, l'espoir de monter persiste. Chaque marche est une victoire sur la gravité sociale.

LA CHUTE

Mais la gravité finit toujours par gagner. L'eau coule vers le bas, tout comme le destin des Kim.

/// ANALYSE D'IMPACT

L'EFFET
PARASITE

Du sous-sol de Séoul à la crise mondiale,
quand la fiction révèle la précarité.

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Regard de Kim Ki-taek
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Yeon-kyo Park illustre ainsi comment le développement économique fulgurant, loin de résoudre la précarité, a plutôt engendré une élite dont l'ignorance du fossé social est si structurelle qu'elle en devient une forme de violence passive. Elle représente le mur invisible qui empêche toute véritable prise de conscience de l'extrême vulnérabilité qui coexiste avec l'extrême opulence, un paradoxe qui résonne bien au-delà des frontières sud-coréennes.

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C'est précisément dans cette consommation sans conscience que réside la nature de l'exploitation. Pour Yeon-kyo, la précarité n'existe qu'à travers des sujets abstraits ou des gestes de charité superficiels, comme donner de vieilles affaires, sans jamais réaliser l'ampleur de la lutte quotidienne de ses employés. La richesse des Park doit rester immaculée, exempte de toute trace de la vie d'en bas. Le moment le plus révélateur survient lorsque M. Park évoque l'« odeur » qui émane des Kim — l'odeur persistante du métro, du sous-sol, du labeur partagé. Cette odeur est le symbole de la ligne de fracture infranchissable. Elle matérialise pour les Kim la douloureuse prise de conscience qu'ils pourront s'approprier les rôles et les vêtements des riches, mais jamais effacer la marque physique de leur condition sociale et de leur précarité.

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Yeon-kyo vit dans une bulle de verre, symbolisée par son immense demeure d'architecte qui la maintient à distance du sol, et par extension, de la réalité. Cette distance physique se double d'une distance émotionnelle et sociale radicale. Elle n'est pas malveillante dans le sens traditionnel du terme, mais elle est profondément aveugle. Sa richesse lui offre le luxe de ne jamais avoir à s'interroger sur le travail ou le bien-être des personnes qui la servent. Elle ne voit pas des individus, mais des prestataires de services interchangeables qu'elle consomme. Elle ne fait que déléguer les contraintes de la vie réelle, qu'il s'agisse de l'éducation de ses enfants ou de l'organisation de ses soirées, ce qui souligne une précarité existentielle dans son propre manque d'autonomie.

PAGE 1/4 - PROFIL

Le personnage de Yeon-kyo Park, la mère de la famille opulente dans Parasite (기생충), est la parfaite incarnation du paradoxe social et économique qui caractérise la Corée du Sud moderne. Ce pays, propulsé au statut de puissance économique mondiale grâce au « Miracle de la rivière Han », dissimule des fractures sociales profondes et une précarité endémique. Yeon-kyo est le miroir froid de cette élite qui, coupée du monde, refuse toute prise de conscience de cette réalité.

/// FOUILLEZ LE DOSSIER ///
PIÈCE À CONVICTION #A

LES IMAGES DE LA PRÉCARITÉ

[CONSTAT VISUEL]

LE DEMI-SOUS-SOL

Dans Parasite, Bong Joon-ho n’explique pas la pauvreté : il la montre. Dès les premières minutes, les Kim apparaissent dans un semi-sous-sol exigu, typique des logements les moins chers de Séoul.

La scène de la « chasse au wifi », où le frère et la sœur finissent par trouver un peu de réseau dans un coin de la salle de bain, illustre l’instabilité quotidienne des classes les plus précaires. Tout leur est difficile d'accès, même la connexion au monde.

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Scène de la chasse au wifi dans Parasite
[CONSTAT SENSORIEL]

L'ODEUR DE LA PAUVRETÉ

Le réalisateur arrive également à nous faire ressentir cette précarité. L’un des éléments les plus marquants est l’odeur : une odeur d’humidité, de renfermé, qui devient un marqueur social invisible.

Les Park ne parviennent pas à la définir, mais ils la reconnaissent immédiatement comme un signe que les Kim appartiennent à « un autre monde ». Cette odeur, que l’on ne voit pas à l’écran mais que les Park décrivent avec gêne, traduit à quel point la précarité s’infiltre dans le quotidien, jusque dans les corps.

DOSSIER #B : RÉALITÉ SOCIALE

UNE RÉALITÉ BIEN PRÉSENTE

Si les Kim sont fictifs, leur situation renvoie à des réalités très concrètes en Corée du Sud. Les banjiha, ces logements semi-enterrés rendus célèbres par Parasite, abritent encore aujourd’hui des milliers de foyers ; en 2020, on en comptait environ 200 000 à Séoul, soit près de 5 % des habitations de la ville, selon le gouvernement métropolitain de Séoul.

INCIDENT / 2022

La scène d’inondation du film a trouvé un écho tragique en 2022, lorsque des pluies torrentielles en Corée du Sud, les plus fortes depuis plus d’un siècle, ont provoqué 9 morts rien que dans la capitale, dont trois membres d’une même famille.

Ce drame a suscité une prise de conscience politique. La mairie de Séoul a annoncé son intention de supprimer progressivement les banjiha, en interdisant leur construction et en laissant aux propriétaires une période de dix à vingt ans pour les transformer ou les retirer.

Illustration de la réalité sociale
Fenêtre Banjiha
Article Japan Times
RAPPORT COMPLÉMENTAIRE

Cette précarité est exacerbée par un marché du travail très compétitif, qui oblige de nombreux travailleurs à accepter des emplois précaires ou mal rémunérés. Selon un rapport de l’OCDE en 2023, environ 43 % des salariés sud‑coréens n’ont pas de contrat de travail régulier, les plus nombreux étant des travailleurs temporaires, à durée déterminée ou à temps partiel.

Enfin, l’endettement massif des ménages, parmi les plus élevés du monde, reflète la nécessité pour beaucoup de familles d’emprunter pour se loger ou financer les études. Selon l’Institute of International Finance, le ratio dette des ménages sur le PIB en Corée du Sud atteignait 91,7 % fin 2024.

[PARADOXE]

Le paradoxe réside dans le fait que la Corée du Sud projette, à l’international, une image très différente grâce à son soft power : K-dramas, Kpop, modernité technologique… Une esthétique « impeccable » qui masque souvent la réalité des inégalités et de la précarité dans le pays.

YONSEI
UNIVERSITY

DOCUMENT FALSIFIÉ

Diplome Falsifié

RÉCEPTION
UNIVERSELLE

Parasite n’a pas seulement captivé par son intrigue : il a suscité une résonance mondiale. Les spectateurs de nombreux pays ont reconnu dans le film des problématiques universelles : difficultés à se loger, précarité des emplois, inégalités croissantes.

Ces éléments ont fait du film un miroir des tensions sociales contemporaines, qui reflète une réalité s’étendant bien au-delà de la Corée du Sud.